6ème jour : Visite du temple de Shaolin et spectacle de kung fu
Train vers Luoyang Longmen
Je me lève tôt. Aujourd’hui, une journée particulière m’attend : partir à la découverte du Temple Shaolin.
Je rejoins la gare du nord de Xi’an, la même qu’à mon arrivée. Les repères sont là, tout est plus simple. J’embarque dans un train rapide ; en un peu plus d’une heure, j’arrive à Gare de Luoyang Longmen. À peine sortie, je trouve rapidement un chauffeur pour la journée. Il me propose de m’emmener jusqu’au temple, de m’y attendre, puis de me ramener à la gare.
Au départ, j’avais prévu de visiter aussi les Grottes de Longmen. Mais la journée ne se déroulera pas comme prévu.
La route pour rejoindre le Temple Shaolin devient sinueuse. Peu à peu, les montagnes se resserrent, et je me laisse porter par le trajet.
Pourquoi ce temple ? Sans doute pour retrouver quelque chose de plus profond. L’envie de voir une représentation de kung-fu, bien sûr, mais aussi celle de remonter à la source. Le Temple Shaolin n’est pas un lieu comme les autres. Il est considéré comme le berceau du bouddhisme Chan — l’ancêtre du zen — et surtout comme celui du kung-fu Shaolin, un art martial né de la discipline du corps et de l’esprit.
Quelques images me reviennent, celles des films de Bruce Lee que je regardais en famille. Un mélange de souvenirs et de curiosité.
Bientôt, je découvrirai les Monts Wudang, une autre culture et une autre approche des arts martiaux, centrée sur le tai chi. Après la rigueur et la puissance du kung-fu de Temple Shaolin, c’est une vision plus intérieure, plus fluide, qui m’attend, et pourtant les deux semblent déjà reliées par une même recherche d’équilibre.
Arrivée au Temple Shaolin, mon chauffeur me propose de m’accompagner jusqu’au début du site. Je lui explique que je me suis renseignée et que je devrais m’en sortir seule.
Les représentations de kung-fu ont lieu à des horaires précis. Dès l’entrée, je vois des minibus et décide de prendre un pass, persuadée d’aller plus vite. Pourtant, la plupart des visiteurs choisissent de continuer à pied. Je ne m’attarde pas et monte dans le premier véhicule venu.
Après quelques minutes de trajet, le minibus s’arrête devant un temple. Je descends sans trop réfléchir, convaincue que je retrouverai facilement le lieu des représentations plus tard.
Temple Shaolin
Le Temple Shaolin se dévoile lentement. Les bâtiments anciens se fondent dans le paysage, entourés d’arbres aux feuilles jaunes qui donnent au lieu une douceur presque mélancolique. Tout semble plus calme, comme si le temps s’y déplaçait différemment.
Au sol, les pierres portent les traces du passage des siècles. Des stèles dressées racontent sans mots une histoire ancienne, gravée dans la roche et dans la poussière. Autour, les visiteurs jouent avec les feuilles, s’arrêtent pour des photos, et donnent à cet espace une vie simple, presque légère.
La forêt de pagodes
Je continue mon chemin en remontant, persuadée de finir par trouver le lieu des représentations. En peu de temps, je me retrouve pourtant devant le Parc des Pagodes de Shaolin, que j’imaginais bien plus éloigné.
Puisque j’y suis, je décide de m’y arrêter. J’ai encore le temps avant le spectacle.
Le Parc des Pagodes de Shaolin est aussi appelé la “forêt des pagodes”. C’est un lieu funéraire unique en Chine.
Chaque pagode est en réalité une stèle-tombe qui abrite les cendres ou la mémoire d’un moine important du Temple Shaolin. Leur forme, leur taille et leur décoration varient selon le rang, l’époque et l’importance spirituelle du moine.
Construites sur plusieurs siècles, elles forment aujourd’hui un ensemble dense et irrégulier, comme une forêt de pierre. Ce lieu est devenu un symbole de transmission : chaque pagode marque la continuité d’une lignée de maîtres et d’enseignements du bouddhisme Chan et des arts martiaux Shaolin.
En résumé : ce n’est pas un simple monument, mais un cimetière spirituel de maîtres, au cœur même de l’histoire du temple.
Je m’interroge sur le lieu des représentations : il n’y a presque personne par ici. Je demande mon chemin au kiosque des minibus. On m’indique de retourner à l’entrée. Cela ne me paraît pas cohérent…
Je fais donc demi-tour vers le temple. En chemin, une musique douce m’attire vers un cours d’eau. Je m’arrête un instant : elle est apaisante.
Puis je reprends ma route. Des cris de kung-fu résonnent au loin. Ils captent immédiatement mon attention. Je ne dois pas être loin… mais cela signifie aussi que la représentation est peut-être en cours.
Je longe un sentier bordé de bambous et débouche sur des bâtiments ornés de statues en posture martiale. J’ai trouvé… enfin.
Mais la dernière représentation de la matinée vient tout juste de se terminer. Il faudra attendre deux heures.
Dilemme : partir vers les Grottes de Longmen et risquer de manquer ce pour quoi je suis venue… ou rester.
Je choisis de rester. Tant pis pour les grottes. Je contacte mon chauffeur via WeChat pour l’avertir que j’ai raté la dernière représentation de la matinée. Il me répond simplement de prendre mon temps, que ce n’est pas grave.
À côté, un terrain d’entraînement est rempli d’enfants en pleine pratique du kung-fu. Je les observe derrière les barrières : gestes répétés, concentration, discipline. Certains sont totalement absorbés, d’autres me lancent des sourires furtifs.
Pour patienter, je m’achète un bol de nouilles soja-légumes. Simple, réconfortant.
Je déambule encore un peu dans les environs, puis les portes s’ouvrent. Je me place aux premières loges. La salle se remplit rapidement… et le spectacle commence.
Si tôt le spectacle fini, je rejoins mon chauffeur qui a été patient. Il est presque 15h. Je n’ai plus le temps d’aller visiter les grottes de Longmen. Une fois de plus, j’ai prévu trop de choses et je réalise qu’il faut que j’apprenne à mieux doser mes futurs voyages.
Il y a une file de voitures à l’arrêt au moment de prendre la route du retour vers la gare. Mon chauffeur descend et se renseigne. Il m’explique qu’un camion est en panne — ou peut-être un accident impliquant un camion — et que la route ne sera pas praticable avant plusieurs heures. Je commence à paniquer légèrement, car je dois prendre mon train pour rentrer à Xi’an.
Mon chauffeur me propose alors de faire un détour, de contourner la montagne. Ce sera plus long d’environ 30 minutes. J’accepte immédiatement, car j’ai de la marge pour mon train. C’est clairement la meilleure solution dans l’immédiat.
Juste avant d’arriver, il me propose de me ramener le lendemain à la gare. Heu… non, non, je dois prendre mon train ce soir pour rentrer dormir à mon hôtel. J’avoue, je ne l’avais pas vu venir celle-là. Il n’insiste pas et me conduit à la gare comme prévu.
Je peux finalement profiter de ma dernière soirée à Xi’an.
Je m’arrête dans un restaurant au hasard et choisis deux plats sans vraiment savoir ce que je commande. Pour le premier, la traduction indique le mot sang de mouton. J’hésite un instant… puis je commande quand même, par curiosité.
Finalement, je ne mangerai que le plat de nouilles. J’ai goûté deux ou trois morceaux de l’autre plat, qui ressemblait à une sorte d’abat gélatineux, mais la texture et le goût ne me disaient rien…
Le repas m’a coûté 36 yuan pour deux plats et une boisson, ce qui reste très abordable comparé aux prix pratiqués en France (environ 4,50 euros).
Je suis ensuite rentrée à l’hôtel pour dormir. Demain, je quitte Xi’an pour une autre découverte, et pas des moindres : je pars à la rencontre du taoïsme au mont Wudang.






