3ème jour : la muraille de Jingshanling


Lever de soleil sur la muraille de Chine à Jingshanling

Je me réveille vers 4h30 sans difficulté. L’excitation est à son comble. Je quitte la chambre avec toutes mes affaires, en ayant pris le strict minimum. Je n’ai pas emporté mon drone : ce n’est pas autorisé et je ne veux prendre aucun risque. Pourtant, une fois sur place, j’en apercevrai un… en train de voler juste au-dessus de moi.

Je trouve l’entrée sans difficulté, comme me l’avait indiqué le couple de l’hôtel. Un homme est déjà présent sur place.

La veille, lorsque j’avais demandé comment faire, le gérant avait commencé à m’expliquer qu’il fallait payer en espèces. Puis une femme — sans doute sa mère — était intervenue pour le reprendre. Il s’était alors ravisé, précisant que le paiement se faisait finalement via WeChat. Je règle donc les 55 yuans pour accéder au site.

Je m’engage sur le chemin, qui grimpe doucement au début, puis de manière plus soutenue. Après quelques minutes, j’arrive sur une petite place : une statue de cavalier, des stèles et quelques canons s’y dressent, comme un premier aperçu du décor historique qui m’attend. Sur une pierre, deux dates attirent mon regard : 1528 – 1588. Elles témoignent de l’époque où cette portion de la muraille fut renforcée, sous la dynastie Ming.

J’arrive juste avant le lever du soleil. Je m’engage sur un premier tronçon, avant de comprendre que je suis dans une impasse. Demi-tour. Cette fois, c’est la bonne direction.

La muraille apparaît au loin, immense et silencieuse, comme un serpent de pierre qui s’accroche aux montagnes. Le vent froid me caresse le visage, et le sol crisse sous mes pas. Je m’arrête, fascinée : chaque bloc, posé avec patience et précision, raconte des siècles d’efforts, des mains d’hommes et de femmes qui ont transporté ces pierres, affronté le relief, la fatigue et le temps.

Je ne parcours qu’un infime tronçon, et pourtant elle me paraît infinie. Les pierres ont gardé la mémoire des siècles, et je sens, comme un souffle discret, la grandeur et la persévérance de ceux qui l’ont construite.

Je prépare mon matériel pour immortaliser l’instant et j’attends le lever du soleil sur la muraille. Je ne suis pas seule : quelques photographes sont là, silencieux, prêts à capturer cet instant. Le ciel est dégagé, pas un nuage à l’horizon.

Un professeur d’anglais m’a filmée un peu plus tôt, avant l’aube. Nous avons discuté quelques minutes, et il m’a envoyé la vidéo sur WeChat. Puis le soleil arrive. Je tente de capturer l’instant, de graver dans ma mémoire la lumière qui inonde ces kilomètres de pierre. C’est magnifique. L’emplacement est parfait, et je reste là, émerveillée, témoin de la muraille qui s’éveille avec le jour.

Après le lever du soleil, je reprends mon chemin, laissant derrière moi les quelques photographes. Je traverse la section de Jingshanling d’ouest en est, sur une dizaine de kilomètres.

Je marche pendant quatre à cinq heures, ne croisant que très peu de monde. Le silence est presque irréel. À un moment, je m’arrête pour prendre un café. Une marchande, qui m’avait photographiée un peu plus tôt, sort un thermos. Me voilà assise sur la muraille de Chine, à boire un café soluble. Je n’aurais jamais imaginé vivre ça un jour. Je savoure pleinement l’instant.

J’achète aussi un petit porte-bonheur… qui se cassera quelques jours plus tard. Comme un souvenir imparfait, mais bien réel.

La marche continue, et les kilomètres se font sentir. Les jambes deviennent lourdes, surtout dans la dernière descente. À un moment, je me demande si mes cuisses vont tenir. Je m’étais préparée ces derniers mois — j’avais perdu une dizaine de kilos, marché régulièrement dans les montagnes du Jura — mais clairement, pas pour ces escaliers.

Et pourtant, malgré la fatigue, je me sens bien. Je l’ai fait. Et c’est bien là l’essentiel.

Ce sont des souvenirs précieux, et sans doute l’un des plus beaux moments de mon voyage.

Si vous passez par la Chine, je ne peux que vous recommander la section de la Grande Muraille de Jingshanling. Pas besoin de tout parcourir : l’essentiel est de prendre le temps. Mais s’il y a une chose à faire, c’est de dormir sur place pour assister au lever du soleil. C’est une expérience à part.

Quel beau souvenir !!!