5ème jour : Xi'an visite de l'armée de terre cuite et visite du quartier de la pagode des oies sauvages
L'armée de terre cuite
Une nouvelle journée commence. Ce matin, une armée m’attend… de celles qui impressionnent, qui interrogent.
Pas de temps à perdre. Je bois un thé et grignote quelques gâteaux achetés la veille à la gare. Une fois de plus, je prends un DiDi pour me rendre directement sur le site de l’armée de terre cuite. Le lieu est assez éloigné de mon hôtel et je préfère éviter les transports en commun. J’ai désormais pris le coup de main avec l’application — finalement, c’est devenu presque trop facile… ça me fait sourire. La voiture arrive rapidement malgré la circulation, et nous prenons la route en direction des célèbres guerriers.
Mais tout ne se passe pas exactement comme prévu. Le chauffeur semble hésiter et tente de me déposer au mauvais endroit. Heureusement, un garde intervient et lui indique l’entrée réservée aux visiteurs.
J’ai réservé mon billet pour le créneau de 8h30 à 9h30 sur Trip.com (14,38 €). Malgré l’heure matinale, il y a déjà beaucoup de monde. Comme souvent en Chine, je passe par un portique de sécurité et mon sac à dos est scanné. À l’entrée, je prends des écouteurs avec audioguide, moyennant une caution qui me sera restituée plus tard.
La visite peut enfin commencer. J’entre dans la première fosse. Il y a déjà énormément de monde, presque une bousculade pour atteindre les premières places. Les visiteurs jouent des coudes, chacun cherchant à apercevoir au mieux ce qui se cache devant nous. Je parviens à me faufiler, centimètre par centimètre… et là, le choc. Ils sont face à moi.
Des rangées entières de soldats, immobiles, silencieux, mais d’une présence saisissante. Je reste un instant figée, impressionnée par leur nombre, par le souci du détail… aucun ne se ressemble. Chaque visage semble porter une expression, une histoire. Ils sont alignés, prêts à défendre, comme suspendus dans le temps depuis des siècles.
Tout cela pour accompagner Qin Shi Huang dans l’au-delà… Un empereur qui refusait de traverser l’éternité seul. Cette idée me dépasse presque. Jusqu’où peut aller l’imagination — ou le pouvoir — pour défier la mort ?
Je reprends mes esprits et commence à les photographier presque frénétiquement. Les gens passent, bougent, gênent la vue… mais avec un peu de patience, je parviens tout de même à capturer quelques clichés.
Cet archer est considéré comme l’un des trésors du musée. L’un des mieux conservés. Le niveau de détail est impressionnant, jusque dans la semelle de ses chaussures. Face à lui, je prends le temps d’observer. Rien n’est laissé au hasard. Tout a un sens. La posture d’abord, précise, presque vivante. Puis les vêtements, finement sculptés, qui laissent deviner les plis du tissu. La coiffe, le port de tête… chaque élément raconte quelque chose du rang ou du rôle du soldat. Et ce réalisme me surprend.
Toutes ces statues sont grandeur nature, ce qui les rend encore plus troublantes. On oublie presque qu’il ne s’agit que d’argile.
Au final, j’aurai passé toute la matinée sur le site. J’avais prévu d’y rester deux heures à peine, puis de courir attraper un train pour rejoindre le Mont Hua. Mais dès mon entrée dans la première salle, j’ai compris que ce programme ne tiendrait pas.
Je me suis arrêtée. J’ai pris le temps. Observer cette armée, mesurer le travail accompli, ressentir le poids de l’histoire… tout cela ne se survole pas. Ce lieu impose le respect, il ralentit naturellement le pas.
Le Mont Hua a lui aussi son histoire, bien sûr. Mais ce jour-là, il ne s’agissait plus de cocher une étape de plus. Voyager, parfois, c’est renoncer. Renoncer à vouloir tout voir. À vouloir aller vite. Accepter de rester, simplement, là où quelque chose se passe.
Je ne pouvais pas quitter cette armée aussi rapidement. Le Mont Hua attendra. Peut-être pour une autre fois.
À la sortie, je prends le temps de traverser l’allée des échoppes. Après cette matinée hors du temps, le retour à l’agitation est presque surprenant.
La faim se fait sentir. Une odeur attire immédiatement mon attention. Chaude, épicée, irrésistible. C’est le Roujiamo, ce pain farci à la viande de porc, spécialité locale. Je n’hésite pas longtemps.
Je m’arrête, j’observe les gestes rapides, précis… puis je croque. Le pain est croustillant, la viande savoureuse, parfumée. Simple, mais terriblement efficace. Pour accompagner le tout, je prends un jus rouge. Une saveur inconnue, légèrement acidulée — une sorte de baie, peut-être. Je ne sais pas vraiment ce que je bois, mais peu importe. Le moment est là.
Je savoure l’instant. Puis il est déjà l’heure de repartir. Retour vers Xi’an, pour continuer l’exploration.
À la sortie, la circulation est dense, les voitures nombreuses. Je décline d’abord plusieurs propositions, puis, sans vraiment savoir comment, je me retrouve à discuter avec un jeune couple qui parle anglais. Finalement, nous décidons de partager un taxi.
Le prix est fixé au départ. Mais en cours de route, le chauffeur annonce soudain un supplément pour le péage. La situation nous agace un peu. J’ai déjà remarqué cette façon de faire : ajouter des frais au dernier moment — péages, parkings ou autres — pour faire grimper la note. La différence reste modeste. Nous finissons par accepter. Et malgré tout, le trajet reste bien moins cher que ce que nous aurions payé chez nous.
Le taxi nous dépose dans le centre de Xi’an. Je reprends ensuite le métro pour rentrer à l’hôtel, me reposer un peu… avant de repartir.
La pagode des oies sauvages
Autre lieu, autre découverte, à l’extérieur de Xi’an : la pagode des oies sauvages. J’avais lu qu’un spectacle de fontaines y était proposé, sans vraiment savoir à quoi m’attendre.
À mon arrivée, je découvre un lieu animé, presque vivant. Il y a du monde. Certains s’amusent à composer leurs photos, profitant du jaune éclatant des feuilles d’automne pour immortaliser l’instant. Je me trouve d’abord en bas des fontaines, la pagode se dressant tout en haut. Je remonte tranquillement, tandis que peu à peu, les gens prennent place.
Arrivée au pied de la pagode, je la vois s’illuminer progressivement. Construite il y a plus de mille ans pour abriter des textes bouddhistes rapportés d’Inde par le moine Xuanzang, elle semble encore aujourd’hui veiller sur les lieux. Silencieuse, presque intemporelle.
Autour, une ruelle animée s’étire, bordée d’échoppes. Figurines, sculptures, calligraphies… autant de scènes figées qui semblent raconter, à leur manière, l’histoire du lieu. Je m’y attarde un instant, portée par cette ambiance à la fois vivante et intemporelle.
Le spectacle des fontaines
Puis le mouvement s’accélère. Tout le monde se dirige vers les fontaines. C’est le moment. Je me faufile entre les groupes, et finis par trouver une place aux premières loges.
Le spectacle peut commencer.
Le quartier musulman et la tour de la Cloche
Après ce moment féérique, baigné de lumières, je reprends le métro vers le centre de Xi’an et descends à la Tour de la Cloche de Xi’an, magnifiée par ses illuminations.
Je rejoins le Quartier musulman de Xi’an, où l’ambiance m’enveloppe aussitôt : odeurs, bruit, foule, tout se mêle dans une agitation presque irréelle. Je m’arrête devant un stand de brochettes ; la préparation est simple, presque mécanique, et pourtant j’apprécie pleinement l’instant, comme si le temps ralentissait.
J’ai lu beaucoup sur cet endroit, mais le vivre ainsi, au cœur de la nuit, lui donne une toute autre dimension. Un moment suspendu, déjà.
Je m’éloigne ensuite dans une petite ruelle, et en quelques pas seulement, l’atmosphère bascule : la lumière se fait plus douce, le calme s’installe, et ce sentiment d’être en dehors du temps s’intensifie. Je passe devant le Pavillon Wenchang de Xi’an, puis le Temple du Dieu de la Ville de Xi’an, presque seule. Une petite place apparaît, silencieuse, comme figée. C’est exactement ce que je cherchais.
Je rentre à l’hôtel, encore habitée par cette parenthèse hors du temps. Demain sera une grande journée





